Ils m'ont écrit des lettres et des lettres et des lettres....

...et des lettres et des lettres, et j'ai pas répondu....y'avait pas d'issue... (Charlélie Couture)
Alors a commencé ma plus belle collection de lettres de refus. D'abord le sénat, pour poser des bandages sur les arbres, puis, la mairie du permier , du deuxième, du troisième...pour les mêmes raisons.
Puis des tas d'autres lettres, projets d'expos...candidatures pour des salons....les motifs étaient tour à tour sogrenus, blessants, absurdes et drôles. J'ai complété ma collection avec des lettres inventées, tant de lettres qu'il y avait de quoi s'en faire un petit refuge de Sans Statut Fixe...et j'ai inventé l'habitant de ce refuge dérisoir : Un peintre qui vend des pizzas, un sculpteur bossant au cimetière, un photographe anarqué par son galliériste, un atelier de poche dans une malle en bois, une exclusion d'atelier, un plasticien adepte du pannier à salade pour ses installations sauvages......autant de fausses situations que de faux acteurs qui se sont improvisés pour moi, acteur d'un jour devant la caméra.
Des acteurs merveilleux, des potes, des collègues, des gens surtout dans l'ombre à qui on ne demande jamais rien.
J'ai été touché par leur soucis de bien faire, de donner généreusement. J'ai aimé ce travail, ce projet, pour cela.
Filmer l'autre
Chaque fois que je filme les gens, je suis en tention. J'arrive toujours la peur au ventre, avec mon petit camescope.
Jusqu'où filmer ? Quelle sera la limite ? Qui va la fixer ? moi ? eux ?
Dans mon travail Pleurs, t'es un homme, j'ai interroger 6 garçons, je leur ai demandé quelle était la dernière fois qu'ils avaient pleuré.
Certains ont longuement retourné, détourné la question avant d'arriver à une chute inatendue, brutale.
D'autres m'ont tout livré comme ça, abrupte, sans détour.
Jamais personne n'en ressort indemme..ni eux, ni moi.

